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  • Incendie du Gharb -juillet 1933 -

    Journal- Afrique du nord illustrée

    Un vaste incendie dans la région de Petitjean au Maroc

    Le 18 juillet, une nouvelle répandue dans tout le Maroc y produisit une forte et douloureuse émotion : « Un incendie dévastait la plaine de Petitjean... 100 victimes... Sidi-Slimane environné de fumée, Petitjean menacé, entouré aux: trois quarts... les habitants abandonnent leurs maisons, etc., etc.. » - La plaine de Petitjean comprend un immense quadrilatère dont le Côté gauche touche Sidi-Slimane et Mechra-bel-Ksiri ; le côté droit comprend Petitjean et les hauteurs du Çherarda. Elle contient environ 150.000 hectares. On comprend qu'un brasier ' de 150.000 hectares peuplés de fermes européennes splendides et de nombreux douars disséminés dans le bled soit une catastrophe sans précédent... Aussi décidâmes-nous de nous rendre sur les lieux. -Sidi-Slimane. — Nous nous attendions à un village plongé dans la tristesse et le deuil... à un déploiement d'indigènes en pleurs et sans abri... Il n'en est rien. A la terrasse du Café, messieurs, daines se rafraîchissent et causent calmement... La grande rue, à droite et à gauche de laquelle sont installés tous les commères, est plus animée que d'habitude : c'est le jour du marché. Rien de triste dans les visages. Les indigènes bavardent avec l'animation coutumière. Nous interrogeons... Le feu ?.. Il faut aller à 13 kilomètres d'ici... C'est là qu'il a commencé... — Mais, « Sidi-Slimane environné de fumée » ? — Fantaisie... Allez donc à 13 kilomètres d'ici...» Nous prenons la route de Petitjean (sidi kacem). Les douars avec leurs huttes sent bien debout. Des deux côtés de la route, les chaumes jaunes, roussis par le soleil... Le long de la route, nous rencontrons des files d'indigènes nombreux qui à pied, qui à dos de bourricot, se dirigent vers le souk de Sidi-Slimane. Nous nous attendions à voir un immense linceul noir couvrir la vaste plaine... Rien d'anormal. 13 kilomètres. Voici la terre incendiée. Elle est d'un gris sombre. Il faut deviner qu'un incendie a passé par là. Les fétus de paille noircis par le feu ont été balayés par le vent de la veille... Il ne reste qu'une terre nue et chauve. Et voici, presque au bord de la route, la ferme Kraemer. La maison est debout, proprette, intacte. Au delà de la maison, un amas de blé, puis un amas d'orge ; déci-delà des sacs étendus à terre, éventrés portent les traces de la morsure du feu. Le hangar dont les parois sont en tôle a été la proie des flammes. Nous posons les questions : — Où a pris le feu ?.. —-Là-bas, dans la propriété de M. Petit... une étincelle qui jaillit du tracteur... on ne sait pas... Il faisait une chaleur de 40 degrés... un vent violent favorisa les flammes qu'il poussait vers le Nord... Puis le vent changea de direction et souffla vers nous... Comprenant le danger qui nous menaçait nous déplaçâmes en vitesse 1.500 quintaux de blé en sac... Mais bientôt les flammes atteignirent le hangar qu'elles léchèrent avec un bruit sinistre... 200 quintaux d'orge et une automobile qui se trouvaient dans le hangar furent brûlés... Les sacs de blé que nous venions d'empiler furent atteints par le feu. A quelques mètres, une meule de foin, une meule de paille furent attaquées aussi et d'énormes flammes s'élevèrent en l'air pour ne laisser subsister bientôt qu'un amas de cendres...» Nous nous dirigeâmes vers la propriété de M. Petit. Cette propriété n'a ni immeubles ni hangars. De vastes champs de blé où l'incendie a tout mordu et tout enlevé jusqu'au niveau du sol; une nouala où se tiennent accroupis des femmes qui pilent l'orge pour le repas du soir et des hommes qui bavardent entre eux. A gauche, une pile de sacs de blés superposés ; des outils de ferme ; un tracteur... ■— Voilà le tracteur qui a causé le feu, nous disent les indigènes du lieu. Comment le feu s'est-il déclaré ? •— Manarf ! (Je ne sais pas!) répondent les arabes ; et le sauraient-ils, ils ne le diraient pas. Nous montrant le tracteur, ils nous font observer que le tuyau d'échappement est régulièrement placé vers le ciel à 2 mètres 50 du sol. Tout ce qu'ils disent avec satisfaction, c'est qu'ils l'ont échappé belle. Ils étaient entourés de flammes de toutes parts ; flammes trop petites pour pouvoir atteindre leur tente qui abrite toute la famille. Ils ont dû leur salut au fait que la paille piétinée tout autour du campement n'offrit pas matière facile au feu dévorant. — Y a-t-il eu beaucoup de morts ? demandons nous. ■—Manarf. (Je ne sais pas)... Nous quittons ces rescapés pour parcourir la zone incendiée. On avait parlé de 30.000 hectares incendiés ; l'évaluation faite par les colons du terroir n'atteint pas le chiffre de 6.000 hectares. L'incendie n'est donc plus qu'une tache noire sur la plaine jaune qui s'étend de Petitjean à Meclïra-bel-Ksiri et Sidi-Slimane. Le sinistre n'a pas l'ampleur que nous imaginions à Casablanca. Mais sur ces 6.000 hectares, l'incendie sinistre, grâce à un vent perfide qui, plusieurs fois, changea de direction, a causé des drames angoissants. Le feu., activé par un chergui brûlant, d'une violence exceptionnelle avançait rapidement sur les champs immenses. A la vue des flammes, les indigènes chassèrent vite leurs troupeaux vers des terrains que le feu semblait épargner et hommes, femmes et enfants couraient éperdus de peur, cherchant à sauver leur vie. Mais !e vent, changeant de direction jeta le feu vers ces terrains jusque-là épargnés vers lesquels ce troupeau humain cherchait refuge. Un cercle de feu allait entourer ces fugitifs affolés qui poussaient des cris horribles. Les plus lestes purent s'échapper par une issue rapidement entrevue. Mais cette issue à son tour se changea en brasier. Et ce furent alors, pour ceux qui s'étaient attardés, les scènes terrifiantes d'êtres humains brûlés vifs qui demandaient grâce à la mort et que la mort couchait à terre sous les flammes qui les rôtissaient littéralement. La plupart de ceux qui ont péri doivent la mort à l'esprit de parcimonie qui les amena d'instinct à sauver leur linge, leurs vêtements, leurs bêtes, avant de chercher d'abord à se sauver eux-mêmes. Ce souci de conserver leurs misérables objets et leurs animaux retarda leur fuite devant le fléau qui les encercla sans pitié : c'est ce qui occasionna leur perte. Des noualas et des douars, il ne reste que quelques tas de paille consommée par le feu'. Le vent a emporté jusqu'aux traces du drame affreux. A mesure que nous avançons, nous rencontrons par endroits des tas de terre nouvellement soulevée; des odeurs cadavériques s'en dégagent : ce sont les animaux morts qu'on a enterrés sur place. Les êtres humains carbonisés ont été emportés à Petitjean par les soins du Contrôle civil. Nous arrivons à Petitjean. Le village est tranquille. Les flammes de l'incendie se sont arrêtées à 4 kilomètres. Et lorsque nous demandons s'il est vrai que la petite ville fut en danger, on nous rit au nez : — Mais, nous dit-on, Ces bruits colportés en dehors du Maroc ont épouvanté nos parents et nos amis qui nous ont télégraphié pour nous demander si nous étions saufs... Etait-il utile d'effrayer les gens, comme on l'a fait ?... Le Contrôle civil est au bout de la grande avenue par laquelle nous entrons à Petitjean. Là nous apprenons les chiffres exacts que nous voulions savoir : 34 morts, soit carbonisés sur place, soit morts à la suite des brûlures ; plus une dizaine de blessés. — Quel sera le montant des dégâts ? — On ne sait encore. Le feu n'a dévoré que des chaumes ; à peine ça et là quelques champs de blé sur pied. Il n'y a pas eu de ferme atteinte ; quelques centaines de sacs de blé ou d'orge ; des machines agricoles... voilà pour les européens. Dès qu'ils reçurent l'annonce de ce vaste incendie, les Pouvoirs publics firent aussitôt leur devoir. M. Urbain Blanc, délégué à la Résidence, remplaçant le Résident Général, et M. Mérillon, secrétaire général du Protectorat se rendirent à Petitjean pour mesurer l'importance de la catastrophe et décider les premières mesures à prendre. M. Bouissy, contrôleur civil de Petitjean s'est occupé avec un dévouement remarquable et des morts et des survivants. Les indigènes sinistrés seront secourus par la Résidence. Les colons ont leurs pertes couvertes par des assurances. Le sinistre a beaucoup moins d'importance qu'on ne l'avait dit ou écrit tout d'abord. Quoi qu'il en soit, il est du devoir de chacun, de tirer de la catastrophe localisée aux environs de Petitjean, l'enseignement qui se dégage et de profiter de la leçon de prudence que cet enseignement comporte.

    Journal - L'Ouest-Eclair-

    APRÈS LA CATASTROPHE DE PETITJEAN

    Le récit d'un médecin qui se prodigua dans le bled embrasé

    PORT-LyAuTEY, 20 juillet Le docteur Serre, un des médecins Qui se sont prodigués au secours des nombreux blessés qui furent retirés du brasier marocain, aux alentours de Petitjean, a fait le récit de l'effroyable tragédie a Dans toute ma carrière de médecin, dit-il, je n'ai jamais vu spectacle plus affreux. Comment vous dépeindre cet amas de chair qu'apportait chaque véhicule, ces mort, ces agonisants enlacés ? « J'appelai aussitôt au téléphone Kenitra qui ne me répondit que faiblement. Désespérant de me faire comprendre, j'alertai Ksiri Khemisset et Souk el Arba quand enfin la communication fut possible avec Port Lyautey, Je réclamai d'urgence des pansements. « A 11 heures mon hôpital regorgeait de malades. J'avertis Meknès et Fez que J'y expédiais quinze blessés. Sept seulement purent partir. Deux d'entre eux devaient mourir en cours de route. A minuit, douze cadavres étaient étendus, dans la morgue de l'hôpital civil. Leur nombre, mardi matin, devait être de 26. Dix autres devaient encore grossir le bilan macabre, portant à 36 le nombre des victimes. Rien n'était possible pour les sauver. Ils étaient atteints de brûlures généralisées et l'asphyxie faisait automatiquement son œuvre. La proportion des femmes et des enfants parmi les victimes était assez importante. Plus faibles que les hommes, üs avaient moins facilement pu fuir C'est ainsi qu'un colon, M. Espagnet. surpris par le fléau. s'échappa en compagnie de six travailleurs indigènes. Au nombre de ces derniers se trouvaient 'rois femmes à bout de souffle, elles se laissèrent rattraper par la vague rouge et elles périrent carbonisées. « Un enfant, âgé d'environ trois mois, a été découvert, affreusement brûlé, dans les décombres d'un douar. mais on espère le sauver grâce à une femme qui s'est offerte comme nourrice. De toutes les agonies pitoyables j auxquelles J'ai assisté, une m'npparait plus lamentable encore c'est celle d'un homme de 35 ans environ qui ne cessait de proférer cette plainte d'une voix délirante c Je ne veux pas partir sans mon fils » a Le fils avait 7 ans, il gisait près de son père, le corps brûlé, les chairs en lambeaux « Le père mourut, et comme s'il eût entendu son appel funèbre, dans la même seconde, l'enfant rendit l'âme! ».

    A quelques kilomètres de l'endroit où se produisit l'accident de motocyclette de M.Gombodeau, une ferme coquette fait tache au milieu des chaumes brûlés. Les bâtiments d'habitation sont intacts mais les hangars fument ainsi que les sacs empilés autour d'une batteuse Deux femmes, sur la véranda, contemplent un triste spectacle : près de deux cents quintaux d'orge finissent des consumer. Ces pauvres femmes, pourtant si éprouvées, oublient leur propre malheur pour s'apitoyer sur une mort atroce. Elles nous racontent qu une femme indigène fut surprise dans sa «nouala» avec ses trois jeunes enfants. On n'ya retrouvé- ce matin, que quelques misérables restes. A Petitjean, où nous nous arrêtons en revenant vers Casa , l'émotion est loin d'être calmée. M.Botella, dont la ferme fut environnée par l'incendie, évoque, devant nous, la vitesse foudroyante du fléau: à soixante kilomètres à l'heure, les flammes se lancèrent à l'assaut de toutel a plaine comprise entre Dar-Bel-Hamri et Petitjean. Les fermes européennes construites en matériaux durs résistèrent à la trombe de feu. Mais les frêles habitations des indigènes furent volatilisées en un clin d'œil. C'est ainsi que les douars de Sidi Hamadi et Ben Aissa furent détruits en entier. On a peine à s'imaginer les scènes d'horreur qui se déroulèrent moins de deux heures et les drames dont fut le théâtre la grande plaine noire qui. aujourd'hui, tachée de plaques de cendres, ressemble à un vaste drap mortuaire tendu sur la région. Le récit d'un témoin

    —Pouvez-vous nous faire un récit du sinistre ? demandons-nous. —J'étais absent quand il éclata, mais je puis vous rapporter celui de mes employés indigènes. Et M.Kramer de raconter : —L'incendie apparut en direction du Djebel Outita . Un champ labouré séparait ma propriété du terrain en flammes, quand brusquement un vent épouvantable s'éva. Voyez-vous cet emplacement ? J'avais là une meule de fourrage et ici un tas de fumier. Un indigène qui se trouvait sur la meule fut emporté jusqu'à ce tas de sacs ,à 25mètres environ. C'est vous dire combien fut violente la tourmente qui devait provoquer le sinistre. Propulsé par le vent, le feu franchit le champ a bourré et envahit en un instant toute la plaine d'Ouakad. Lorsque j'arrivai, il n'y avait plus rien à faire. Mon hangar était en feu et aussi ma meule et une «nouala» où logeait la famille d'un de mes ouvriers. Mais ce récit, si poignant soit-il, ne saurait dépeindre toute l'horreur de ces heures tragiques que d'autres conversation sont intensément faire vivre pour nous. L'inspecteur de la Sûreté Serou arriva sur les lieux à l'instant même où les flammes, animées par la rafale, commençaient leur action dévastatrice . A cette époque de l'année où les bestiaux ont émigré dans la montagne, il ne restait plus dans les champs que les ovins gardés par les bergers et quelques familles préposées à la garde des silos. M.Serou participa au sauvetage des blessés après avoir interrompu la circulation sur la route. Les paysans fuyaient avec des cris d'effroi tandis que les sauveteurs accouraient à la recherche des blessés qui, les vêtements brûlés, gisaient nus sur les ola déprimé. On ne se rendait pas compte au premier abord de l'horreur de leurs blessures: on aurait dit qu'une nouvelle peau s'était formées ou scelle qu'avaient dévorée les flammes. Hélas! Aucun de ces malheureux ne devait survivre.

    Les obsèques des victimes à Sidi-Kacem

    C'est mardi, à midi, que les obsèques des victimes ont eu lieu. L'administration avait tenu à donner à cette cérémonie un caractère solennel, et c'est sous le signe du Maghzen que les malheureux furent conduits 'aux cimetières. i Une grande foule d'indigènes venus du quartier moderne de Kabar ou du centre de Sidi-Kacem suivait le cortège, derrière les contrôleurs civils et le caïd Driss. L'inhumation eut lieu au cimetière voisin du souk du Khemis, de Sidi- Kacem, qui dévale en pente douce au milieu des folles avoines vers les jardins. Tous les assistants récitèrent à mi-voix la prière rituelle, en scandant les mots: «Dieu est grand».Puis, ce fut la lecture d'un verset du Coran. Ce soir, les voix pieuses se son tues, et sur le champ désert passent seules les dernières cigognes, les cigognes insouciantes du désastre, qui picorent de leur long bec la terre calcinée.

    Les secours aux sinistrés

    Pour venir en aide aux populations sinistrées, le contrôle a emprunté aux tribus sauves une centaine de tentes et a fait distribuer de la semoule et de l'eau. Aujourd'hui, jour de souk,à Sidi- Slimane, un mobilier rudimentaire a été fourni à chaque famille. Mais comment réparer les ruines causées par la vague rouge: plus de 20.000hectares.de récolta détruites!.» Avant de clore ce télégramme, nous voulons nous faire l'écho de la population de Port-Lyautey tout entière qui souhaite qu'une aide immédiate soit apportée à tous les habitants du Gharb, aux sinistrés et à leurs familles, dans un mouvement unanime de charité et de solidarité. Un comité est d'ailleurs, nous dit-on, en formation et une souscription publique va être organisée. Nous ne doutons pas que la générosité de nos populations lui assure un très rapide succès.

    Les condoléances officielles

    Paris. 20 juillet Le président de la République et le ministre des Affaires étrangères ont chargé le délégué à la résidence générale de Rabat de transmettre au sultan du Maroc leurs condoléances pour le sinistre de Petltiean

    Acceuil

Afrique Du Nord Illustrée

Journal - Le Populaire -

Un immense incendie a ravagé sur 30 kilomètres, la riche plaine du Gharb au Maroc

On compte trente et un morts et des blessés et les dégâts causés sont énormes

Casablanca, 18 juillet. â Entre Petitjean et Sidi Slimane un immense incendie. dont on ignore encore les causes ravage les cultures sur 30 km. Il y a de nombreuses victimes dont 3 morts et une dizaine de blessés. L'incendie continue et le ciel est complètement obscurci par la fumée sur toute l'étendue de la plaine embrasée. Les blessés sont dirigés d'urgence sur Meknes et Fez.

C'est un tracteur qui, en prenant feu, a causé l'incendie

Les communications téléphoniques et télégraphiques .étant interrompues entre Casablanca et la région de PetitJean. les nouvelles concernant l'incendie qui dévaste la plaine du Gharb arrivent assez difficilement. On sait, cependant, que le sinistre a 'â té provoqué par un tracteur automobile qui a pris feu. hier soir, dans un champ dépendant d'une ferme, près de Petitjean. Les flammes, activées par un violent le chergui ». atteignirent un champ de chaume et s'étendit aux récoltes environnantes -desséchées .par le sirocco. Malgré les efforts du personnel de la ferme, et en raison de la rareté de l'eau et de l'inefficacité des moyens de fortune employés, l'incendie se propagea avec une rapidité inouïe détruisant tous les bâtiments de l'exploitation.

Des douars indigènes sent encerclés par les flammes

En quelques heures, toute la région n'était plus qu'un immense brasier dont les flammes s'élevaient £t 50 mètres de hauteur. Toujours activé par le « chergui » le feu avait gagné du proche eu proche sur trente kilomètres de longueur, encerclant plusieurs douars indigènes. En un instant, de nombreuses « noualas » â modestes habitations de « fellahs » en torchis et paille â furent la proie des flammes. Surpris par la soudaineté de la catastrophe. de nombreux indigènes s'enfuirent dans la nuit, mais beaucoup d'entre eux. on le craint du moins, furent rejoints par les flammes qui se propageaient à la vitesse d'un cheval au galop. Les troupeaux, dévalant en déroute par la plaine en flammes, bousculant tout sur leur passage, ajoutaient à l'affolement général. Avant que les secours mandés de Petitjean à Fez, Meknès, Kénitra et Rabat soient arrivés sur les fieux du sinistre, les, exploitations agricoles de M.K. Kramer, Botella et Perretti étaient complètement détruites. Leurs occupants, européens et indigènes, .n'avaient, eu que le .temps de fuir, en toute hâte, sans rien pouvoir sauver.

Les secours

Enfin arrivèrent les premiers secours de Meknès et de- Kénitra, équipes. de pompiers, services sanitaires, renforcés par la troupe et la gendarmerie. Le vent du sud soufflait toujours en tempête. D'épais nuages . de fumée lourde et âcre rendaient la tâche des sauveteurs extrêmement pénible. La lutte contre le fléau étant impossible. ou s'ingénia à la circonscrire â ¢pendant que l'ou s'occupait des blesj sés. Rapidement, quatorze corps d'indigènes, brûlés vifs, étaient arrachés aux flammes. De nombreux blessés, parmi lesquels de. nombreux européens, atteints en coopérant, aux opérations de sauvetage, étaient dirigés sur les hôpitaux des villes les plus proches.

Les dégâts

D'après uu premier recensement hâtif. basé sur les déclarations faites aux Mutuelles Agricoles du Maroc, on évalue, en ce qui concerne les seuls colons européens, à 25 millions le montant des récoltes ou fermes détruites. L'incendie" a été heureusement maîtrisé à la fin de la matinée. La région du Gharb, actuellement dévastée par l'incendie est celle dans laquelle s'installèrent dès 1914 les premiers Français nantis do lots de colonisation. Eloignés des grands centres, privés de voies de communications, ces hardis pionniers durent attendre l'après guerre pour que s'aplanissent enfin les difficultés au milieu desquelles ils se débattaient. La route. de la voie ferre leur permirent, enfin, un facile écoulement des produits de leur culture, Aujourd'hui, les quelques, défricheurs de 1914 - -ont vu se grouper autour d'eux un millier de nouveaux colons exploitant,250 000 hectares. : La ; modeste - bourgade de Petitjean. Issue d'une première agglomération de quelques fermes, à. laquelle leurs occupants donnèrent le nom d'un capitaine tué non loin de là, est devenue une ville moderne, avec des rues bien tracées, des immeubles confortables, et des bâtiments administratifs. L'élevage et la production de céréales forment les deux grandes riches ses du Gharb. dont le cheptel atteint 500.000 bovins, 1.250 ovins, et la récolte en blés dur et tendre s'élève annuellement à plus-de 2 millions de quintaux. Le Gharb abrite lq tiers des colons du Maroc, et sa production en céréale? atteint le quart de celle- de tout le Protectorat